Le Dévoluy est un beau massif calcaire dont le point haut est l'Obiou qui culmine à près de 2800m. Sa plus raide face est dite "Nord". En réalité elle est plutôt
orientée NW et voit donc le soleil en milieu d'après-midi. Cette belle et haute face de 600m est subdivisée en trois parties : une petite barre surmontée par un large et vaste système de vires
puis un franc et raide bastion rocheux sommital. L'été, un itinéraire y louvoie pour atteindre quasi directement le sommet au plus facile (PD / PD+). L'hiver cet itinéraire devient
neigeux et mixte, la cotation gagne un bon cran (D+). L'engagement y est omniprésent car la face est haute, le cheminement tortueux et le soleil de la partie en fin de journée. De plus les
difficultés se trouvent dans le haut alors qu'on a déjà grimper quelques heures pour passer le socle... Enfin pour compléter l'ensemble, la descente reste compliquée l'hiver. Egalement
tortueuse, elle louvoie dans un système de vires neigeuses et exposées plein sud...
Face N : D+, 600m
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Topo-photo
Après un repérage la veille de la partie haute de la face depuis la campagne et de l'accès/descente depuis le Piéroux, nous sommes partis plein d'enthousiasme pour cette course d'envergure. L'accès a été très
rapide : piste dégagée jusqu'au Col des Faïsses, crête et début du sentier déneigée et très bon regel jusqu'à l'attaque. L'arrivée à l'épaule inférieure de l'arête N marque l'attaque mais ne
laisse pas encore entrevoir ce qui va venir.
L'arrivée à l'épaule inférieure de l'arête N marque l'attaque mais ne laisse pas encore entrevoir ce qui va venir.
Ce n'est qu'en progressant que l'on découvre au fur et à mesure l'itinéraire. Sans difficulté, le début est quand même exigeant car l'erreur est interdite par les
barres sous-jacentes. On gagne sans encombre la dépression qui borde la grande tour caractéristique. On la remonte en cheminant au plus facile (60° max et ponctuel) pour gagner les vires
suspendues. Grand moment de l'ascension, ces vires sont parallèles et surplombées par le bastion sommital. Au-dessous quelques centaines de mètres nous séparent déjà de la base de la paroi...
L'ambiance est au rendez-vous, comme me l'avait presque promis Nico. Après avoir atteint la vire supérieure, on se régale dans une neige qui a déjà chauffée.
La traversée sur le système de vire de la partie inférieure et la tour caractéristique
La traversée : facile mais chute interdite. Attention aux conditions de neige
On la remonte en cheminant au plus facile (60° max et ponctuel) pour gagner les vires suspendues
(les vires
parallèles sont à gauche sur la photo)
Vue dans le rétro depuis la vire suspendue supérieure. Nico et Olivier suivent de près.
Grand moment de l'ascension
(La même photo quelques instants plus tard alors que Xavier réapparaît)
Jusqu'au moment crucial de l'itinéraire où il faut quitter ces vires pour se lancer dans le bastion sommital. Aucune faiblesse, aucune ligne ne semble vraiment
évidente... Je m'arrête au pied d'une goulotte. "Nico, c'est par là ? Ca te dit quelque chose ?". Nico qui l'avait déjà parcouru l'été : "Vous vous voulez que je vous dise ?...
L'été c'est complètement différent !... Allez, un peu d'initiative !". Ne voyant pas d'autres possibilités je me lance dans cette goulotte qui pour l'instant est facile. Petit à petit des
ressauts se présentent. Le premier est facile, le second déjà un peu plus grimpant. Le troisième nous interpelle un peu plus... "Qui veut y aller ?". Après préparation du terrain, Nico
se lance et passe avec aisance.
Le premier ressaut est facile (sous Nico)
le second déjà un peu plus grimpant
Le troisième nous interpelle un peu plus...
Lorsque je rejoins Nico et Olivier au relais, ils me rassurent : "Nico reconnaît cette cheminée, c'est en bon rocher en plus, c'est bon !". C'est curieux mais
cette cheminée verticale et fermée par un surplomb m'impressionnait un peu. La cotation D+ et M3+ max me paraissait déjà un peu légère... Ca faisait 4 à 5 heures qu'on devait être dans la face
et à vue d'oeil il ne nous restait même pas 100m de dénivelée jusqu'au sommet. Olivier plein de motivations s'élance dans la cheminée mais rapidement la
raideur absorbe son énergie et les protections se multiplient. Après avoir gravi quelques mètres il redescend. Au suivant ! L'affaire n'a pas l'air si simple... Nico s'engage alors presque à
contre coeur et retrouve rapidement l'arrêt d'Olivier. Après une petite demi-heure de contorsions, Nico gagne encore quelques mètres et atteint le fameux surplomb. Il pose un dernier friend et
réclame de retrouver le sol. Les surplombs ne sont pas sont affaires d'après lui...
Après une petite demi-heure de contorsions,
Nico gagne encore quelques mètres et atteint le fameux surplomb
Les regards se posent sur moi, planqué dans une petite grotte à l'abri des chutes de pierre. J'ai bien froid et me demande ce qu'on fout là à essayer de forcer
une longueur depuis presque deux heures maintenant... Xavier se propose alors. Il se réchauffe tant bien que mal en grimpant la bonne dizaine de mètres gagnés par les prédécesseurs et arrive au
surplomb. Après avoir protégé le passage par un friend et bon piton, il le force et se rétablit. Il ne voit pas bien comment protéger sérieusement et sort le tamponnoir que j'avais prévu "au
cas où". Une bonne heure plus tard, le relais est en place sur spits de 8, piton et cablé. La suite lui paraît tout à fait jouable en traversée à gauche. On le rejoint alors tour à tour. Je
monte en dernier en déséquipant la longueur, mon sac sur le dos et celui de Xavier au baudard. Quant j'atteins le surplomb, Nico déséspéré me dit "On descend !". J'en crois pas mes
oreilles. Il doit être pas loin de 17h, ça fait donc pas loin d'une dizaine d'heure qu'on est dans la face... Je regarde la traversée à gauche, la suite de la cheminée tout droit. Rien est
fini, c'est encore soutenu et délicat et on ne peut pas passer encore des heures à forcer ce qui serait certainement la dernière longueur ! On entame doucement la descente pour rejoindre la
vire suspendue...
Une fois la vire rejointe, Nico m'entraîne à vive allure à continuer la vire pour voir plus loin où passe vraiment la voie. On ne voit rien d'évident ou de
facile. On arrive au bout de la vire où un relais et une corde en nylon de quelques mm sont en place. Deux possibilités : sortir par le haut en escalade (du 4+/5 à vue de nez sur un rocher
moyen) ou suivre cette cordelette en nylon qui semble permettre de récuperer une vaste épaule neigeuse de l'arête N. Après quelques mètres en rocher vers le haut, on se rabat sur
l'échappatoire... Un rappel version "grande ambiance" nous amène rapidement sur l'épaule.
Vue sur le sommet depuis le parking au retour.
L'épaule sommitale est bien soulignée par la neige juste sous le sommet.
Il est entre 18 et 19h... La descente semble pouvoir se faire sans trop de problème, c'est un grand soulagement. On arrivera deux heures plus tard à la voiture
pour profiter du coucher de soleil... L'heure tardive de la descente nous aura en tout cas permis de descendre dans des pentes neigeuses soutenues et exposées aux barres dans de bonnes
conditions...
Coucher de soleil sur le plateau de Bure depuis le parking...