Voie des Parisiens aux Trois Becs (Diois)

Publié le par Bruno W

Une référence "escalade" des années 60/70 aux Trois Becs


Les Trois Becs présentent un secteur impressionnant de la vallée : la Pelle ou Roche Courbe. Il se présente comme une large dalle très raide. Quelques itinéraires modernes et classiques la parcourent. Il existe également un itinéraire ancien régulièrement parcouru qui faisait référence dans les années 60/70 : la voie des Parisiens.

Itinéraire que l'on ne devine pas du tout depuis la route. Aucune ligne de faiblesse évidente... ce n'est qu'en arrivant au pied qu'on "lit" la voie grâce au topo. Le cheminement est complexe et astucieux. Il offre une escalade très homogène dans le 5/5+. Même les quelques 4+ signalés sont verticaux et "grimpants". L'ambiance est extraordinaire comparée à la difficulté ! Le vide est très présent et se fait encore davantage ressentir dans le haut quand on passe le 6a+ déversant avec les 200m plein vide, ou au relais suspendu qui suit... Il s'agit vraiment d'un itinéraire majeur parmi les voies anciennes des Préalpes.

Le rocher par contre demande un peu d'attention. La fréquentation qui a patiné quelques prises a déjà bien nettoyé la voie mais quelques coups sur certaines écailles font vite réaliser qu'il y a encore pas mal de rocher en équilibre. Côté équipement, les pitons sont globalement très abondants, ce qui avec un bon topo facilite bien la recherche d'itinéraire. Une ligne superbe à parcourir absolument pour les amateurs de voies préalpines.


Voie des Parisiens : TD, 250m
Topo Camptocamp :
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Tracé de la ligne dans le secteur de la Pelle

Photos de la voie
Sur la vire d'accès, facile mais très aérienne et expo


Derrière l'écaille de départ qui permet d'accéder à R0


Dans la belle première longueur. L'ambiance est de suite au rendez-vous sur une paroi très raide.
Chercher Xavier...


Olivier dans L2. Ne pas louper la traversée à droite et ne pas se diriger vers le relais évident sous le toit...


Toujours Olivier dans L3. Après un départ mal commode, une belle envolée sur un pilier mal marqué


Emilie se promène dans la traversée sur "poupées de silex" au-dessus des collines dromoises


Xavier dans une variante dans la partie supérieure de la paroi


A la sortie du 6a+ dans le haut. Du vide ? Où ça ?


Emilie découvre un relais tout confort après le désagréable relais du 6a+. "Ah, super !"


Retour sur le plancher des vaches. Descente sur un très bon chemin. C'est bien agréable après ses longues heures en paroi...

Publié dans Escalade

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Jean André SIMON 23/03/2009 19:54

"Voies historiques" dîtes-vous. Certes !C'est une façon pas très élégante de me rappeler que le temps a passé. Mais soit. C'est ainsi. On ne fait pas tourner les pendules à lenvers.Rasurons-nous, à l'époque il n'y avait déjà plus de dinausores, depuis longtemps. Les seuls dangers objectifs restaient la MTO, les chutes de pierres, les erreurs d'itinéraire et les présomptions des Egos masculins débordants de testostérone.Ca avait donné au début du siècle le mythe du conquérant de l'inutile combattant la montagne, cette femelle à fouler au pied. L'ombre de la puissante stature humaine affrontant la nature déchaînée...Plus sérieusement, l'apparition en ces années 80 de voies "directissimes" m'a laissé une drôle d'impression. Le matériel avait évolué de façon prodigieuse et je pense que guère de progrès ont été accomplis depuis. Ca ouvrait évidemment de nouvelles perspectives. Mais de là à sacrifier, comme le disait feu-mon vieil ami Samivel, à la "civilisation du viol...?"On se trouvait face à une frontière nouvelle. La possibilité d'envisager de faire mieux, autrement, plus grand. "Free-fast & clean" comme on disait dans le Nouveau Monde, rabaissant les conquêtes de nos aînés au niveau de navrantes reptations.Une explication pourra éclairer notre lanterne :Dans la face nord de l'aiguille de la Vanoise se trouvent deux itinéraires très voisins. La Demaison et "la fille aux yeux verts." Cette dernière - non ! je n'ai pas dit gourgandine ! - est une ED comportant des pas de 7a / 7b avec PA. Du grand itinéraire... Mais tout droit ! Un vrai fil à plomb.Au contraire, la Demaison que nous avions gravi la veille avec Gégène me laisse un souvenir nettement plus prégnant. La difficulté ne dépasse pas le cinquième degré. itinéraire très "montagne" où on peut malgré tout se perdre dans les vires intermédiaires. Ecailles décollées, grosses "Dülfer" bien balaises... Mais un "crux" d'une subtilité folle : Juché sur l'extrême pointe d'une grande écaille, dernier piton à dix mètres en dessous, se hisser bras tendu vers l'inconnu, fouiller au dessus d'un petit surplomb. Et là : Cadeau ! Un baquet énorme, providentiel. Deux pas. Un clou. Deux. "Arrive ! C'est tout bon ! C'est beau."800 m de gaz sous les miches. Une procession de minuscules chenilles multicolores tout en bas, dans la vallée. Des tréfonds encore dans l'ombre un cri arriva jusqu'à nous : "Maman regarde ! Y'a des z'alpinistes !" Nous imaginâmes les téléobjectifs, les jumelles, les caméras braqués vers nos modestes personnes...On a pissé à tour de rôle, face au vide, en priant que ça aille très loin. Ce jour-là, le Roi lui-même n'était pas notre cousin.Ce qui m'a frappé dans cette voie, c'est la subtilité, l'intelligence de l'itinéraire. Cette façon de jouer, de composer avec les difficultés. L'esthétique, la magistrale finesse du tracé. A condition qu'on sache la prendre dans le sens du poil, sans la contrarier, la paroi devenait une amie. Elle descendait de son trône de grande dame et nous tendait la main. Etat d'esprit ? Illusion ?Nous avions conquis la mère. Toujous est-il que le lendemain la fille aux yeux verts se montra nettement plus revêche. Et pour cause ! Ayant oublié de jouer de la courbe et de galber la hanche, elle se destinait à une carrière filliforme de top-model. triste !C'est sur ce sommet que j'eus l'apparition qui allait tout changer.Nous perçûmes une sorte de siflement venant des glaciers. Le dôme de Chasseforêt, par là... "Regarde ! Là, là !" Et nous les vîmes : Deux planeurs. Des "grands plumiers" frappés de la croix suisse sur l'empennage filant à ras de glace vers le vallon d'Arcellin. Ressource. Trois tours de spirale sur les moraines de Félix Faure. Virage à gauche le long des Glières. On voyait leurs ombres filer sur la paroi, presque au contact de leurs ailes. Folie !Pralognan à main gauche. Le mont Bochor à droite. Hop ! Disparus derrière le col.Pas plus de temps qu'il ne m'a fallu pour le dire.Alors un petit ver à recommencé son lent travail de sape...J'eus quelques années plus tard le privilège - car c'est est un - de composer avec des éléments nettement moins solides mais tangibles cependant. Voler sur la montagne, la caresser de l'aile, par la simple conjonction du soleil et du relief, d'une fenêtre de temps ouverte sur le jour.Mais c'est une autre histoire.Composer... Affronter... Comprendre... Conquérir... Ou alors, accepter d'admettre qu'on s'est trompé.Ca me fait très plaisir de voir que d'autres suivent la même route.Jean André.PS : N'allez jamais faire du vol à voile. C'est un sport de suicidaires.

Jean André SIMON 21/03/2009 12:49

Bonjour.Nous n'avons pas l'honneur de nous connaître. Cependant, vos émotions ici rapportées au sujet de la voie des parisiens me laissent présager que vous êtes un homme de bonne compagnie.J'ai gravi cet itinéraire dans les années... 80... environ. Mon compagnon de cordée était surnommé "Gégène." C'était un grand gaillard athlétique. Plutôt du genre "force brute." Ma plus faible stature, le rapport poids-puissance et la souplesse dont j'étais capable faisaient de notre association ce qu'il est convenu de qualifier de "cordée idéale."La voie des parisiens ! En montant depuis Saillans vers le col de la Chaudière, c'était impressionnant. La sauvagerie du lieu, la solitude absolue et limpossibilité d'un quelconque recours en traduisaient la dangerosité. L'engagement. Pas de téléphone portable. Pas d'hélico. Des pompiers volontaires certainement pas formés à une opération de secours... Cependant, des parisiens, dont je crois Troskiar, Paragot... peut être Pierre Allain... (à vérifier cependant !) quelques bleausards, quoi, avaient ouvert cet itinéraire magistral sur un seul week-end.La petite histoire raconte qu'ils partirent de Paris en 2CV. Qu'ils ouvrirent la première moitié de l'itinéraire le samedi et laissèrent des cordes fixes en place jusqu'à la traversée aérienne sur les poupées de silex. Point de non-retour. La fin de la voie fut enlevée le dimanche. Le lundi matin ils étaient de retour à Paris après avoir retraversé la moitié de la France à bord de leur vaillante petite Citroën.Les dernières longueurs de la voie me laissent un souvenir impérissable. Nous avions tiré les relais à bloc de notre corde de 55 mètres. Ca a donné des choses parfois acrobatiques. A la limite du hors-jeu. Elle tirebouchonnait beaucoup, cette corde... Rendus à l'avant-dernier relais, sur une vire confortable sise sous un petit surplomb suivi d'une dalle fissurée, les choses se gâtèrent. Gégène était devant. Il y avait un clou énorme - probablement d'époque - dont la moitié de la longueur émergeait du rocher. Inconsciemment je me demandais si cette p... de corde n'allait pas s'y prendre. Et bingo ! La corde vint coiffer le piton. Exactement comme je le craignais cinq secondes auparavant.Gé&gène a essayé de tire, de dégager le brin bleu, le brin rouge sans que rien n'y fasse. Il commençait à choper "les ailes de poulet" et donnait de sérieux signes de fatigue. Rien n'y fit. Il se trouvait dans l'impossibilité de redescendre, d'avancer ou d'assurer sa position.J'ai bloqué tout le système d'assurage. Trois sangles autour d'un gros bloc. Je me suis libéré du noeud de bouline sur mon baudrier. J'ai gardé mon marteau. Je suis monté à la rencontre de ce maudit piton. J'ai dégagé la boucle de corde qui empêchait mon camarade de progresser. Le piton a reçu une avalanche vengeresse de coups de marteau.Revenu sur la vire, j'ai invité mon ami à poursuivre.Les choses se sont calmées.Ca a duré... un quart d'heure ? Je ne sais. La notion du temps nous échappe dans ces circonstances.Peut-être que le piton trop long a été remplacé ? Ou peut-être pas ?Sacrée belle voie, tout de même !Jean André SIMON.

Bruno W 23/03/2009 11:05


Merci pour ce témoignage prenant !
Effectivement une belle voie chargée d'histoire et c'est certainement ce qui fait une grand part de l'intérêt des voies historiques pour ceux qui s'y intéressent. Combien de fois, nous nous sommes
fait la réflexion qu'ils étaient couillus ces anciens ! ou suicidaires ?
Et même répéter ces voies dans les années 80 devaient effectivement être différent d'aujourd'hui, quoiqu'un secours en paroi n'est jamais débonnaire...
Une belle aventure ;-)