Une belle goulotte très sauvage nichée sur les hauteurs du Col d'Ornon...
Le versant W de l'Armet est un secteur aujourd'hui très classique pour la goulotte, grâce à une face de 800 / 1000m souvent en condition et à 2 petites heures
d'approche seulement. Seulement lorsque toutes ces lignes ont été parcourues, il faut en trouver d'autres et le regard inévitablement ce pose alors sur le versant opposé : le secteur Est qui
surplombe le Col d'Ornon. L'approche est pour ce versant bien longue et fatiguante, les conditions plus aléatoires, les lignes plus techniques et engagées et le retour nettement plus long et/ou
délicat... Tant de particularités qui rendent ce secteur peu parcouru, très sauvage et donc d'autant plus attrayant !
Parmi les lignes du versant E, l'une d'elles a rapidement fait l'unanimité : la Désirée... Comme son nom l'indique cette goulotte se désire. D'abord, comme ce
secteur est très peu parcouru, il est difficile d'avoir des informations quant aux conditions et il faudra les estimer au flair ou mieux depuis la route, soit 1200m plus bas... (merci JR Minelli
à ce propos !). Ensuite au parking la ligne se devine même à la faible lueur du levé mais 1200m plus haut... il faudra la désirer pour les remonter ces 1200 m de combe raide au-dessus des barres
sans même savoir si la neige est tassée ou si l'on s'enfoncera jusqu'à la cuisse ! Nous avons eu de la chance ; le passage de la barre défendant l'accès au vallon était sec et après la neige
était en transfo regelée, donc quasiment pas d'enfoncement. Ca nous a permis d'atteindre l'attaque en 3h.
La Désirée : TD, 550 m
Voir topo Camptocamp : cliquez ici

Le versant E du Grand Armet au levé de soleil pendant l'approche.
A gauche la grande pente E et à droite entre les deux sommets ; la Désirée

Ca y est on a quasiment fini l'approche
La ligne prend le soleil dès son lever. Et inutile de dire qu'en ce moment ça chauffe fort, très fort. La neige transfo commencait déjà à enfoncer à 9h du
matin... mais pas trop d'activité de chutes de pierre ou glace dans les parois et pas grand chose à faire partir, elles sont bien sèches. Donc feu ! On part dans les premières longueurs à corde
tendue, nettement plus facile que décrite par les ouvreurs ; 3/3+ plutôt que 4/4+. On se dit alors que les conditions de la ligne doivent être très bonnes puisque Seb Escande et Jerome Weiss
avaient du passer dans le rocher à ce niveau là. On court donc jusqu'à la longueur clé qui se situe à peu près à moitié ; une superbe longueur en glace (5) très encaissée et qui tourne (d'où la
difficulté à estimer ces conditions vu du bas). Malheureusement la longueur n'est plus du tout en condition et se réduit à un fin plaquage inconsistant simplement posé sur le rocher et
dégoulinant... L'option de redescendre dans ce four en desescalade ne nous satisfait pas... S'arrêter au milieu de la goulotte non plus... Du coup Nico tentera une variante mixte technique (M5 ?)
mais plutôt bien protégeable pour shunter ce mauvais passage en glace. Il tirera une belle et grande longueur de 55m dans ce rocher moyen et transpirant, voire plutôt dégoulinant qui nous réduira
à l'état de serpillère... Un rappel pendulaire d'une vingtaine de mètres nous permettra ensuite de rejoindre la glace. Fix qui descend le premier avait pour mission de repérer la suite : "Ok,
c'est fin mais ça devrait passer !". Super !

Nico à l'attaque de la igne

Avec Fix on suit dans ces premières longueurs que les ouvreurs avaient
évités par le rocher car trop fragile...
Pour nous ce ne sera qu'une formalité...

Plus haut, on arrive à la longueur isolée en 3/3+

La longueur en 3+, à priori moins fourni qu'à l'ouverture mais suffisante
pour progresser facilement

Fix dans ce même passage avec la route en contrebas et le village de La
Chalp.
Nous pouvions surveiller la voiture tout au long de la journée...

Nico fait relais sur une sangle qui était en place au pied de la
longueur clé qui n'est pas du tout en condition :
le plaquage est très fin et prêt à tomber : dessous et à côté coule le ruisseau...

Du coup Nico va s'employer pour une grande longueur en mixte sérieux...

Dièdre où l'on peut se coincer, se mettre en oppo pour se reposer et
surtout chose rare bien fracturé et donc protégeable ce qui n'est pas le cas des dalles alentour.
Une fois tous sur la glace, au-dessus de la longueur clé, il ne nous reste plus que la longueur en 4+. Fix y va et trouvera une glace complètement détrempée,
clairement en train de fondre et peu épaisse. Le ressaut vertical fut parcouru sans un souffle : structure pourrie par la chaleur et la flotte. Une fois passée cette longueur on en découvre une
dernière que les ouvreurs avaient oublié ; 3+, 40m très jolie qui permet de rejoindre le couloir de neige puis la pente final ! Ca y est : sommet ! 17h ! Ca fait 8h qu'on est dans la ligne et 11h
qu'on a quitté la voiture...

Après ces péripéties rocheuses, on rejoint la goulotte pour la longueur en
4+.
Très joli ressaut en condition bien moyenne aujourd'hui...

Puis une dernière longueur qu'avait oublié les ouvreurs dans la description
?

Ca y est sommet : 17h passé ! Trempés mais bien contents ! Il n'y a plus
qu'à entamer le long retour...
Y a plus qu'à descendre... L'option Grde Pente E entre l'horaire et l'état de cet itinéraire ne paraît pas du tout raisonnable. Ce sera donc par Plancol.
Jusqu'au col, ça se fait bien et vite mais après ça paraît interminable... On arrivera enfin vers 21h30 sur la route, plus que 6 km de goudron... Un peu de stop-bourrin nous permettra d'arrêter
une voiture à 22h et d'éviter cette marche finale. Fix s'en souviendra de ce covoiturage ! Le chauffeur était un local complètement bourré (?) qui marmonnait à moitié des injures, se
prenait le talus, calait, etc...
Une sacré journée ! Au final nous sommes content d'avoir parcouru cette belle ligne mais un peu déçu de ne pas avoir pu grimper ce qui semble être la plus belle
longueur ! Et surtout on se dit après coup, qu'on aurait jamais du se lancer dans son ascension, qu'il faisait bien trop chaud et que ce n'était pas raisonnable... La prochaine fois on réfléchira
avant de grimper...