La Désirée au Grand Armet

Publié le par Bruno W

Une belle goulotte très sauvage nichée sur les hauteurs du Col d'Ornon...


Le versant W de l'Armet est un secteur aujourd'hui très classique pour la goulotte, grâce à une face de 800 / 1000m souvent en condition et à 2 petites heures d'approche seulement. Seulement lorsque toutes ces lignes ont été parcourues, il faut en trouver d'autres et le regard inévitablement ce pose alors sur le versant opposé : le secteur Est qui surplombe le Col d'Ornon. L'approche est pour ce versant bien longue et fatiguante, les conditions plus aléatoires, les lignes plus techniques et engagées et le retour nettement plus long et/ou délicat... Tant de particularités qui rendent ce secteur peu parcouru, très sauvage et donc d'autant plus attrayant !

Parmi les lignes du versant E, l'une d'elles a rapidement fait l'unanimité : la Désirée... Comme son nom l'indique cette goulotte se désire. D'abord, comme ce secteur est très peu parcouru, il est difficile d'avoir des informations quant aux conditions et il faudra les estimer au flair ou mieux depuis la route, soit 1200m plus bas... (merci JR Minelli à ce propos !). Ensuite au parking la ligne se devine même à la faible lueur du levé mais 1200m plus haut... il faudra la désirer pour les remonter ces 1200 m de combe raide au-dessus des barres sans même savoir si la neige est tassée ou si l'on s'enfoncera jusqu'à la cuisse ! Nous avons eu de la chance ; le passage de la barre défendant l'accès au vallon était sec et après la neige était en transfo regelée, donc quasiment pas d'enfoncement. Ca nous a permis d'atteindre l'attaque en 3h.


La Désirée : TD, 550 m
Voir topo Camptocamp : cliquez ici


Le versant E du Grand Armet au levé de soleil pendant l'approche.
A gauche la grande pente E et à droite entre les deux sommets ; la Désirée


Ca y est on a quasiment fini l'approche


La ligne prend le soleil dès son lever. Et inutile de dire qu'en ce moment ça chauffe fort, très fort. La neige transfo commencait déjà à enfoncer à 9h du matin... mais pas trop d'activité de chutes de pierre ou glace dans les parois et pas grand chose à faire partir, elles sont bien sèches. Donc feu ! On part dans les premières longueurs à corde tendue, nettement plus facile que décrite par les ouvreurs ; 3/3+ plutôt que 4/4+. On se dit alors que les conditions de la ligne doivent être très bonnes puisque Seb Escande et Jerome Weiss avaient du passer dans le rocher à ce niveau là. On court donc jusqu'à la longueur clé qui se situe à peu près à moitié ; une superbe longueur en glace (5) très encaissée et qui tourne (d'où la difficulté à estimer ces conditions vu du bas). Malheureusement la longueur n'est plus du tout en condition et se réduit à un fin plaquage inconsistant simplement posé sur le rocher et dégoulinant... L'option de redescendre dans ce four en desescalade ne nous satisfait pas... S'arrêter au milieu de la goulotte non plus... Du coup Nico tentera une variante mixte technique (M5 ?) mais plutôt bien protégeable pour shunter ce mauvais passage en glace. Il tirera une belle et grande longueur de 55m dans ce rocher moyen et transpirant, voire plutôt dégoulinant qui nous réduira à l'état de serpillère... Un rappel pendulaire d'une vingtaine de mètres nous permettra ensuite de rejoindre la glace. Fix qui descend le premier avait pour mission de repérer la suite : "Ok, c'est fin mais ça devrait passer !". Super !

Nico à l'attaque de la igne


Avec Fix on suit dans ces premières longueurs que les ouvreurs avaient évités par le rocher car trop fragile...
Pour nous ce ne sera qu'une formalité...


Plus haut, on arrive à la longueur isolée en 3/3+


La longueur en 3+, à priori moins fourni qu'à l'ouverture mais suffisante pour progresser facilement


Fix dans ce même passage avec la route en contrebas et le village de La Chalp.
Nous pouvions surveiller la voiture tout au long de la journée...


Nico fait relais sur une sangle qui était en place au pied de la longueur clé qui n'est pas du tout en condition :
le plaquage est très fin et prêt à tomber : dessous et à côté coule le ruisseau...


Du coup Nico va s'employer pour une grande longueur en mixte sérieux...


Dièdre où l'on peut se coincer, se mettre en oppo pour se reposer et surtout chose rare bien fracturé et donc protégeable ce qui n'est pas le cas des dalles alentour.


Une fois tous sur la glace, au-dessus de la longueur clé, il ne nous reste plus que la longueur en 4+. Fix y va et trouvera une glace complètement détrempée, clairement en train de fondre et peu épaisse. Le ressaut vertical fut parcouru sans un souffle : structure pourrie par la chaleur et la flotte. Une fois passée cette longueur on en découvre une dernière que les ouvreurs avaient oublié ; 3+, 40m très jolie qui permet de rejoindre le couloir de neige puis la pente final ! Ca y est : sommet ! 17h ! Ca fait 8h qu'on est dans la ligne et 11h qu'on a quitté la voiture...

Après ces péripéties rocheuses, on rejoint la goulotte pour la longueur en 4+.
Très joli ressaut en condition bien moyenne aujourd'hui...


Puis une dernière longueur qu'avait oublié les ouvreurs dans la description ?


Ca y est sommet : 17h passé ! Trempés mais bien contents ! Il n'y a plus qu'à entamer le long retour...


Y a plus qu'à descendre... L'option Grde Pente E entre l'horaire et l'état de cet itinéraire ne paraît pas du tout raisonnable. Ce sera donc par Plancol. Jusqu'au col, ça se fait bien et vite mais après ça paraît interminable... On arrivera enfin vers 21h30 sur la route, plus que 6 km de goudron... Un peu de stop-bourrin nous permettra d'arrêter une voiture à 22h et d'éviter cette marche finale. Fix s'en souviendra de ce covoiturage ! Le chauffeur était un  local complètement bourré (?) qui marmonnait à moitié des injures, se prenait le talus, calait, etc...

Une sacré journée ! Au final nous sommes content d'avoir parcouru cette belle ligne mais un peu déçu de ne pas avoir pu grimper ce qui semble être la plus belle longueur ! Et surtout on se dit après coup, qu'on aurait jamais du se lancer dans son ascension, qu'il faisait bien trop chaud et que ce n'était pas raisonnable... La prochaine fois on réfléchira avant de grimper...

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Log in 10/03/2009 22:30

Lorsque je viens lire tes récits, je me replonge dans des romans de R.F.Roche ...

Bruno W 11/03/2009 10:06


Oula... Quel compliment ! Je ne pense quand même pas avoir son talent. Ce serait trop prétentieux. D'autant plus que je rédige ces compte-rendu au plus tôt après la course. Du coup je suis encore
bien imprégné des émotions et sensations mais aussi encore bien fatigué...
Bonne lecture en tout cas.


Yannick 02/03/2009 10:32

Merci pour les photos et le récit. Ca donne envie d'y aller l'année prochaine un peu plus tôt dans la saison.Pas mal la 'variante' :-), ça a pas l'air facile;A+

Bruno W 02/03/2009 15:40


Guillaume, si on se met au rocher maintenant on fait quoi cet été ? Hein ? De la cascade peut-être !
Pour le delta Nico c'est une excellente idée ! Surtout que depuis là haut tu risques pas trop de louper le départ...
Merci Yannick. Ben en fait à 3 jours près ça aurait surement été nickel... Mais avant par contre l'approche devait être bien longue ! Et pour la variante, effectivement ça faisait une sacré
longueur bien technique. Nico a très bien grimpé ! Mais on aurait préféré passer par la glace, cette longueur doit vraiment être très belle.
A+


nico 01/03/2009 21:24

Ouais, n'empêche qu'à Presles on a tjrs mal aux bras dans les longueurs alors que nous pas de soucis, les piolets entraient tt seuls... Bon, prochaine fois j'apporte les palmes pour la montée et le deltaplane pour la descente!

Guillaume 01/03/2009 17:24

Effectivement une sacré journée !"La prochaine fois on réféchira avant de grimper..." ou vous choisirez autre chose à grimper ;-) Genre du vrai rocher au soleil ! Nous aussi on pensait à vous mais on vous croyait dans les grandes jo en train de faire tomber le record !